Compte-rendu AG 0.2

La seconde Assemblée Générale à l'air libre s'est tenue le dimanche 26 avril, de 15h à 17h.

Avant d'en faire le compte-rendu, quelques digressions qui vous conduiront à un petit point de terminologie qu'il nous semble important d'aborder avant d'aller plus loin…

 

Les temps modernes et leur actualité mettent en évidence – crises financière, économique, écologique à l'appui – la fragilité d'un modèle conduisant à la fragmentation et au cloisonnement des intérêts. Progressivement, un changement global d'échelles a distendu les liens entre les différents acteurs de la chaîne économique, éloignant les producteurs des consommateurs, les employés des actionnaires.

Le phénomène de concentration qui a gagné tous les secteurs d'activité a accouché de groupes gigantesques, désincarnés et aveugles. Les 50 premiers groupes mondiaux en nombre d'employés comptent chacun plus de 200 000 salariés et totalisent ensemble près de 21 millions d'individus. A lui seul, le géant Wal-Mart fait figure de symbole de cette inflation : 2 millions d'employés, 374 milliards de dollars de chiffre d'affaires pour 12,7 milliards de bénéfice…

La croissance de la sphère financière ressemble à un changement de phase, de l'état solide, concret, à l'état gazeux, impalpable. Ici ou là, régulièrement, naissent de nouvelles bulles spéculatives, de nouveaux produits financiers, de nouveaux artifices de titrisation qui accroissent la complexification et la dématérialisation de l'économie. Parallèlement, les autorités de régulation de la vie financière, privées ou publiques, et les organisations intergouvernementales internationales ont montré leurs carences et leur retard par rapport aux évolutions du monde économique qu'elles sont censées accompagner, voire anticiper.

La mondialisation exponentielle des échanges, au cours des cinquante dernières années, a étiré, à travers le globe, le maillage des intérêts croisés entre ceux qui produisent, distribuent et consomment. Jusqu'à réduire leurs liens à leur plus simple expression : un acte de vente plus ou moins profitable pour chaque partie, en fonction du sens où penche le rapport de force.

La faille dans cette chaîne n'est pas tant la prétendue avidité de chacun de ses maillons – la nature humaine fait tout autant preuve du pire que du meilleur – mais plutôt leur manque d'interconnexion. J'achète à Pierre, qui se fournit chez Paul, qui emploie Jacques et appartient à Vincent. Si j'ignore tout des uns et des autres, de leur réalité et de leur impact sur l'ensemble du système, il me sera impossible d'en tenir compte dans mes choix en tant que consommateur. Ceux-ci seront alors majoritairement influencés par mes propres critères : je vais ainsi chercher à optimiser l'équilibre entre l'utilité, au sens large, de ce que j'achète, et son rapport qualité-prix, c'est-à-dire le prix rapporté à la durée de vie de cette utilité. Je vais donc naturellement faire jouer la concurrence et, ce faisant, exercer une pression sur les distributeurs et les producteurs… Qui, subissant parallèlement celle de leurs actionnaires, sont contraints d'optimiser leurs propres intérêts ; et le principal intérêt d'une entreprise, et plus particulièrement dans un contexte de forte concurrence, est la rentabilité, celle-là même qui motive, entre autres, le vagabondage, d'un pays à l'autre, des entreprises en quête des conditions salariales les plus attractives. Les actionnaires, enfin, ne sont finalement que des consommateurs ou des entreprises qui cherchent à optimiser, l'un leur consommation via leur pouvoir d'achat, les autres leur rentabilité via celle de leurs placements.

Face à ce constat, deux solutions se présentent. Développer la diffusion de la connaissance nécessaire à la compréhension de la dimension économique de notre monde, et donc informer sur qui sont et ce que font Pierre, Paul, Jacques, Vincent et les autres… : c'est un des objectifs de l'offre à l'air libre. S'éloigner des formes traditionnelles de commerce proposant une offre dans un rapport de vendeur à consommateur quasi unilatéral : c'est l'autre aspect novateur du projet à l'air libre. Une offre n'est jamais aussi proche de son public que lorsque celui-ci peut contribuer à sa définition, sa vie et son évolution. De même, nous pensons qu'une entreprise n'est jamais aussi profitable pour l'ensemble des publics auxquels elle s'adresse que lorsqu'elle favorise la convergence des intérêts et réalités du consommateur, du salarié et de l'actionnaire.

Plus généralement, cette approche rejoint la notion de gouvernance, qui se développe en réaction à la globalisation et la complexification des échanges, toutes natures confondues. A l'opposé d'une conception hiérarchique et centralisée du pouvoir, la gouvernance suggère un pouvoir non seulement décentralisé, mais encore partagé entre une pluralité d'acteurs, publics ou privés, officiels ou informels, institutionnels ou associatifs, susceptibles de surcroît de relever d'échelles différentes. C'est ce constat qui a inspiré le choix du statut de Société Coopérative d'Intérêt Collectif.

Certes, nous vidons le statut d'actionnaire de sa notion de profitabilité car tous les bénéfices sont réinvestis dans la société. Mais en ouvrant tous les aspects de la vie de l'entreprise au regard du public et à sa participation active sous toutes les formes possibles, utilisateur, actionnaire, bénévole…, nous lui substituons une autre richesse : celle de pouvoir élargir le champ d'action du citoyen-consommateur que nous sommes tous afin d'en retirer, individuellement et collectivement, les fruits d'une offre plus adaptée et attractive, et d'une mécanique de marché plus efficace et durable. A l'heure où le désir d'interactivité évolue en volonté de modèle participatif, tant sous la forme d'une demande de la part du public, que d'initiatives de la part des médias (internet), des Institutions (Assises de la Culture, Consultations publiques…), de la sphère politique (démocratie participative…), des entreprises (coopératives), voilà ce que nous proposons : étendre cette démarche participative au domaine de la consommation et, plus particulièrement, à celle qui touche à la connaissance, donc à la culture.

C'est pourquoi, en réfléchissant au contenu et à l'animation de cette seconde AG, l'expression "assemblée générale" est apparue insuffisante pour qualifier la nature coopérative du projet à l'air libre et de l'entreprise qui le concrétisera bientôt. Et pour lui rendre toute sa dimension coopérative, nous rebaptisons les Assemblées Générales, qui porteront désormais le nom d' "Assemblées Coopératives".

Et c'est aussi cette notion de gouvernance, et celle, induite, de réseaux fédérant une pluralité d'acteurs, qui ont fait l'objet de cette seconde Assemblée Coopérative…