A l'Air Libre et les réseaux (1/3)

 Je souhaitais prendre le temps de revenir sur la notion de réseau car elle est à la base de l’entreprise que nous souhaitons créer.

Pourquoi la Nature a-t-elle horreur du vide ?
Pourquoi le monde est-il moins grand grâce à Bud Spencer ?
C'est en répondant, entre autres, à ces questions que j'aborderai, en premier lieu, la nature du concept de réseau et ses particularités avant de développer, dans un troisième article, en quoi le concept A l'air libre repose sur la performance et l'intelligence des réseaux.
 
 
La Nature a horreur du vide… parce qu'elle ne peut pas en faire des réseaux
 
La notion de réseau
 
Comme tous les outils qui accompagnent l’Homme et qu’il n’a de cesse de perfectionner, la notion de réseau est passée, à travers les siècles, entre de nombreuses mains qui l’ont reconditionnée, adaptée, améliorée.
Les médecins utilisent le terme à partir du XVIIIe siècle pour décrire la circulation du sang. Au XIXe siècle, c'est au tour des ingénieurs d'en faire usage : le réseau est au cœur des révolutions techniques, celles du télégraphe et du chemin de fer. Il inspire l'organisation des télécommunications et des transports. La notion de réseau rencontre un succès important dans les sciences humaines et sociales à partir des années 70-80, et devient un outil d’analyse pour de nombreuses disciplines, notamment en sociologie pour l’analyse des réseaux sociaux.
 
Plus généralement, on désigne par réseau une forme de structure constituée d'un ensemble de nœuds réunis entre eux par des liens linéaires, permanents ou temporaires, nécessaires à l'organisation de flux (d'énergie, d'objets, d'informations…).
« Filet », c'est ce que signifie le mot latin retis dont est issue la notion de réseau. C’est également la première image qui vient à l’esprit lorsqu’on essaye de visualiser un réseau.
Mais les choses se compliquent un peu si l’on essaie d’imaginer un réseau où chaque nœud pourrait échanger des flux simultanément dans plusieurs réseaux, et serait lui-même être un réseau à part entière, un sous-réseau…
Avant d’avoir le vertige, prenons un peu de recul.
 
La Nature adopte, dans la plupart de ses formes, une structure de réseau

Chaque niveau de la matière peut être vu comme un réseau plus ou moins Molécule de caféinecomplexe de molécules, d'atomes, de particules élémentaires reliées par des interactions électriques et nucléaires.

Le réseau est une structure particulièrement présente dans l'organisation du vivant, dans les organismes sous la forme de réseaux principalement matériels (réseaux radiculaire et sébacé chez la plante, réseaux sanguin, nerveux, lymphatique chez les mammifères…) et entre les organismes  sous forme de réseaux immatériels (tous les types de réseaux sociaux, du plus primitif au plus élaboré).
A la frontière entre matériel et immatériel, côté matériel, se trouve le réseau le plus complexe existant dans la Nature : il se loge dans les nombreux plis du cerveau

« Les neurones sont les cellules qui peuplent notre cerveau. Nous en avons entre 60 et 100 milliards. Chaque neurone se prolonge par des ramifications, les dendrites et l'axone, Neurone, axone, dendrite, synapsequi leur permettent de communiquer avec des milliers d'autres neurones en même temps. Les liaisons entre cellules se font sans contact, dans un espace spécifique appelé synapse.

Les connexions par synapses ne sont pas fixes, elles se font et se défont sans arrêt. On estime à 10 puissance 14 (10 suivi de 14 zéro) le niveau moyen de liaisons synaptiques chez un adulte. Aucun modèle mathématique ne permet aujourd'hui de rendre compte d'une telle complexité. On parle de champs de probabilité quantique. La communication entre neurones se fait par voie électrique et chimique. Une cellule envoie un influx électrique d'ions positifs ou négatifs dans son axone. Au niveau de la synapse cette impulsion va déclencher la sécrétion d'un neurotransmetteur chimique. Une dendrite de la cellule réceptrice va le recevoir et le transformer en courant d'ions jusqu'à la dendrite de la cellule suivante. Il y a des centaines de neuro-transmetteurs et chacun est diffusé en plus ou moins grande quantité. D'où un nombre de combinaisons possibles faramineux. Nous sommes très loin du schéma binaire de l'informatique, 0 ou 1. Le cerveau humain est ce qu'il y a de plus complexe dans l'univers tel que nous le percevons. Toutefois il existe un niveau encore supérieur de complexité : c'est une société de cerveaux. » 

Extrait de 100 milliards de neurones, http://cerveaudroit.ouvaton.org

 Mais ce réseau neuronal, aussi complexe soit-il, n’est pas le dernier stade de sophistication. Pour l’atteindre, il faut y ajouter le réseau glial
La glie : astrocytes, oligodendrocytes et microglie« Outre les neurones, le système nerveux contient des cellules moins connues : les cellules gliales (glie, d'origine grecques, signifie « colle »). Elles constituent le type cellulaire le plus abondant du cerveau : elles sont 10 fois plus nombreuses que les neurones. Longtemps considérées comme de simples « cellules de soutien », un support sur lequel évoluent les neurones, elles exercent un rôle beaucoup plus étendu. […] et occupent une position privilégiée à la synapse. […] La fente synaptique se révèle obturée par un type cellulaire : les astrocytes, une famille de cellules gliales qu'on reconnaît à leur forme étoilée aux multiples prolongements. Grâce à ces derniers, les astrocytes entourent complètement les neurones et leurs extrémités. Ils créent ainsi un microenvironnement autour des synapses et isolent les fentes synaptiques, ce qui empêche la diffusion vers l'extérieur de la synapse des différents éléments chimiques.
Les cellules gliales sont donc en mesure, par leur intime proximité des neurones, d'assurer le bon fonctionnement de la communication neuronale en maintenant un certain contrôle sur l'environnement ionique et chimique des synapses. Mais plus encore, on est en mesure de dire qu'elles prennent une part active à la communication neuronale. Ainsi, des travaux ont montré que […] les cellules gliales produisent de nombreux récepteurs qui peuvent reconnaître les neurotransmetteurs. Elles produisent également des neurotransmetteurs qui activent en retour des récepteurs situés sur les neurones et modifient leurs propriétés. Les cellules gliales peuvent donc moduler l'efficacité des synapses et de la transmission synaptique. »

 
 
Parmi ses nombreuses fonctions, le réseau glial intervient donc également comme réseau complémentaire dont la fonction est de contrôler l’environnement de la synapse, garantir le bon fonctionnement de la transmission neuronale et influencer cette communication.
Quelle est donc, à plus grande échelle, le rôle présumé de la « glie » ?
« Les chercheurs estiment que les cellules gliales participent activement aux processus de "mémoire synaptique" à la base de l'apprentissage et de la mémorisation dans le cerveau des mammifères. […]
A l'avenir, l'équipe […] tentera de démontrer que ce processus s'applique à toutes les régions du cerveau comme les centres classiques de la mémoire : l'hippocampe, le cervelet ou le cortex cérébral. Si tel est le cas, notre vision actuelle de la communication cérébrale et de la mémoire serait complètement modifiée. Si la régulation par les cellules gliales est démontrée à plus grande échelle, de nouvelles perspectives sont envisageables. On sait en effet que le dysfonctionnement des récepteurs NMDA est impliqué dans de nombreuses maladies neuronales, comme la schizophrénie ou la maladie d'Alzheimer. »

 
 
Les sciences cognitives, qui s’intéressent aux mécanismes de la pensée, envisagent la pensée et l'intelligence sous la forme de réseaux qui relient des concepts plus ou moins complexes et se développent en créant de nouveaux liens par association, combinaison, analogie…

« La notion de « réseau sémantique » décrit un modèle de l’organisation de l’information dans la mémoire humaine. Grâce à ces réseaux, les représentations mentales sont vues comme des structures de symboles liés les uns aux autres par des relations de diverses natures (comme la relation « est une sorte de »). Les traitements cognitifs sont décrits par des règles d’inférence qui permettent de naviguer dans ces réseaux. »

« Lorsque les sciences cognitives se constituent dans les années 1950-1960, deux principales conceptions de la pensée humaine émergent parallèlement : le cognitivisme et le connexionnisme. Le premier voit la pensée comme une manipulation de symboles, combinés par des règles abstraites d’inférence. Selon le second, la pensée émerge de l’activité de plusieurs processeurs élémentaires, conçus généralement sur le modèle des neurones du cerveau humain. Massivement connectés les uns aux autres, leur fonctionnement en parallèle permet de coder et de reconnaître des « formes ». Celles-ci peuvent être des objets particuliers ou des catégories d’objets (des visages, des lettres…), mais aussi des transformations types (la conjugaison de verbes, le raisonnement…). Fait remarquable, les mêmes modèles permettent de concevoir également des interactions sociales, par exemple des processus d’influence : les cellules élémentaires représentent cette fois des individus plutôt que des neurones. »

Extrait de l’article « Le connexionnisme. Les assemblées de neurones », Rui Da Silva Neves, scienceshumaines.com

 
Internet : 1 de plus !
 
Le plus récent et significatif réseau à avoir été créé est le fait indirect de la Nature, puisque c’est l’Homme qui l’a créé. C’est le gigantesque réseau de communication dont il s’est doté et qui lui permet d’échanger, en temps réel et quasiment n’importe où dans le monde, des mots, des images, des informations, des émotions, des sentiments.
On pourrait croire qu’il l’a, dans une certaine mesure, fait à son image tant la ressemblance est visible entre le cerveau et internet.

 

 

Modélisation d'internet (adresses IP)La meilleure image concrète de la façon dont fonctionne le cerveau humain est sans doute, aujourd'hui, le réseau Internet. Des centaines de millions d'ordinateurs à travers le monde se connectent et se déconnectent en permanence. La réunion simultanée de plusieurs internautes sur un site peut générer un dialogue entre eux qui peut être assimilé à l'émergence d'un concept. Il n'y a pas de centre général Internet, tout comme il ne semble pas y avoir dans le cerveau de centre général de la pensée, il n'y a que des sites disponibles à tout instant mais pas nécessairement visités. Internet ressemble un peu à un cerveau planétaire. Il lui manque pour ressembler au cerveau humainModélisation des connexions entre villes du monde l'apparition d'aires pré-frontales, à moins qu'elles n'existent déjà mais que nous l'ignorions… »

Extrait de 100 milliards de neurones, http://cerveaudroit.ouvaton.org

 
Ainsi considéré, le monde apparaît comme une mise en abîme, un réseau de réseaux qui s’interpénètrent et interagissent en permanence.
Et par conséquent, moi qui écris ces lignes, et vous qui les lisez en ce moment, sommes :
  • un réseau d’atomes
  • supportant un ensemble de réseaux organiques,
  • et notamment un réseau de neurones,
  • qui lui-même supporte les réseaux immatériels de l’intelligence et de la conscience,
  • qui, réunis, ont permis à l’Homme de créer des réseaux de communication mondiaux,
  • dont internet et le web,
  • dans lequel existe un nœud, ce blog,
  • grâce auxquels nos réseaux respectifs entrent en contact.

Nous venons de l'illustrer, la Nature raffole des réseaux. N'est-ce pas, finalement, une caractéristique ontologique de la Nature que de créer des réseaux ? Chaque chose existante, de la poussière à l'être humain, interagit nécessairement avec son environnement et, plus particulièrement, avec les choses qui lui sont semblables. Nous avons là de quoi expliquer la forme du réseau, qui est de relier ensembles des "nœuds" actifs. Mais comment expliquer l'évolution qui conduit, d'un réseau d'atomes, à l'Homme, à la conscience, à A l'air libre ?

C'est l'objet du prochain article, où nous verrons, notamment, en quoi le monde est moins grand grâce à Bud Spencer.

F.L.

Bus Spencer

Pour un premier commentaire, je vais être très constructif !
J'émets une hypothèse quand au contenu du prochain article:

Bud Spencer nageait très vite, il a rendu la longueur d'un bassin olympique plus petite en terme de temps, et par là même participé au raccourcissement des distances largement entamé par la télé, les avions, internet etc...
Idem pour la durée moyenne d'un film au cinéma, qui parait bien courte dès que Terence Hill pointe le bout de son nez.

Comment ça c'est pas crédible ? ;)

Sinon, bien que très érudit dans son style et assez touffu dans sa forme, ton article est intéressant François ! J'avoue ne pas avoir tout lu encore (les citations) mais je m'accroche...

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"Ce qui ne te tue pas te renforce... mais bon, ça peut faire mal quand même !"

Spencer Traçait...?

Hypothèse intéressante !

... qui m'a permis de découvrir le palmarès sportif de Bud Spencer en natation !
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Bud_Spencer)

Mais c'est une autre de ses caractéristiques qui fait que le monde est moins grand grâce à Bud Spencer.
Cela a, bien sûr, à voir avec les réseaux...